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Au fil des fils 28/11/2007

La Tapisserie a été un de mes très forts engouments à une époque. J’avais la ferme intention d’en faire faire quelques-unes. Non vraiment comme « produits dérivés » à l’instar des cartes postales et autres, mais plutôt comme un art parrallèle, complément des peintures.
Mon compagnon et moi nous sommes déplacés à Aubusson vers l’été 2004 où grâce à des « connaissances de connaissances », des recommandatons diverses par ricochet, nous avons pu être mis en relation avec un petit nombre de personnes qui perpétuent la tradition ancestrale des tapisseries d’Aubusson. Le Cœur battant de la tapisserie. Parmi eux, un artiste émérite qui peignait des projets pour de la tapisserie contemporaine, et la directrice d’un musée consacré à cet art.
A l’époque, je rêvais de faire une grande épopée elfique, des chevaux et des entrelacs. Des lévriers éfilés comme des lianes pour rappeler les peintures anciennes et répondre aux arcs curvilignes des elfes. Et de belles dames, rappelant à la fois une Arwen des univers de Tolkien ou une Olwen des contes gallois. J’ai rencontré ainsi les tisseuses aux doigts de fée, et par la même occasion, je ne pouvais chasser la pensée qu’elles étaient les dignes filles de ces femmes magiciennes, enfermées dans la tour d’un château et tissant toute la journée pour occuper leur solitude. Elaine d’Astolat, une figure pour laquelle j’ai la plus grande tendresse, flottait dans mes souvenirs, alors que j’observais les peignes serrer les enchevêtrements de fils colorés.
Notre séjour à Aubusson a été magique, mais pour autant, il ne s’est pas soldé par de bonnes nouvelles. La tapisserie devient trop rare et trop chère. En dépit de l’école d’Aubusson, célèbre s’il en est, peu de gens se tournent à présent vers ce métier sans avenir.
Pour réaliser un tel projet, il faudrait pouvoir avancer des fonds dont je ne dispose pas, au risque qu’elle ne trouve jamais acquéreur. Et si l’idée de garder pour moi seule une vraie tapisserie aux inspirations elfiques ne me déplaît pas, je n’en ai pas les moyens matériels.

Alors, un peu chagrinne, je me suis tournée vers d’autres supports « à fils », sans doute moins nobles mais donnant l’avantage d’être accessibles à la majorité.
Je suis allée au devant de personnes qui créaient des chartes pour le point de croix. Mon ambition, elle aussi, a été révisée à la baisse. Il ne s’agissait plus de faire une tapisserie de 3 mètres sur 5, mais simplement de proposer des chartes à partir de mes peintures. Quelque chose qui soit accessible à tous ceux qui aiment les travaux d’aiguille. Et parmi eux, ceux qui apprécient la féérie et le merveilleux.

En France, verdict négatif : mes peintures semblent trop élaborées, trop « compliquées » à mettre en œuvre au point de croix. Mais apparemment, cela n’est pas un problème pour les Américains. Je me suis décidée sans trop y croire au début. Quelle pérénité cela allait avoir ? Je l’ignorais. Après renvoi des contrats en anglais, réception de mes exemplaires d’auteur dans un colis cabossé par des heures de transports, le « marché » a été mis en place sur le nouveau continent, via Heaven and Earth. Des gens très sympathiques, du reste, qui s’enthousiasment pour les peintures, et semblent adorer ce qu’ils font.
Depuis, je reçois régulièrement des images de personnes qui, à l’autre bout de la planète, tissent mes peintures au fil des heures et de la laine. Des personnes qui souhaitent donner « en retour » un petit aperçu des images qui reprennent vie sous leurs doigts patients. C’est un vrai bonheur que de recevoir ces petits cadeaux inattendus, dans ma boîte mail.
Je vous joins ici, avec l’accord de la personne que l’a faite, une photo de Notre Dame des Engoulevents, reprise en tapisserie !




Voilà plus de deux ans à présent qu’Arabesque, Faerie, Notre Dame, et d’autres peintures et dessins se transforment en tapisseries chez nos voisins. Très bientôt, de nouvelles chartes vont être faites à partir de peintures plus récentes (dont Reine du Crépuscule, qui promet d’être très réussie en tapisserie) et proposées au côté d’artistes que j’affectionne dont la très talentueuse aquarelliste Pui Mun Law, Christophe Vachet ou Earl Browser...

Peu à peu, ces fils n’ont pas seulement tissé des images. Ils ont tissé ma confiance. Une nouvelle confiance qui redonne des ailes à mes anciens rêves. La tentation de peindre ce grand dessin d’une épopée elfique commence à nouveau à germer dans mon esprit… Et pourquoi pas, après tout ? Peut-être la tapisserie d’Aubusson fait-elle peau morte, avec le temps, mais le travail du fil a toujours accompagné toute culture humaine, et peu ou prou, elle continue...


Chartes en vente sur le site de Heaven and Earth Design, photos publiées avec l'accord des personnes concernées.


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