J’ai l’impression que cela fait des lustres, au sens propre, que j’en parle, de ce livre. Et je me souviens encore du moment où il était abstrait, faisant parti du faisceau toujours nourri de mes rêves à révéler. Des potentiels à faire naître.
Quand les gens venaient me voir et me demandaient « à quand un livre », je parlais de mon projet encore flou, avec la fièvre de la passion. En réalité, je m’accrochais à cet espoir de pouvoir le concrétiser, et rien n’était moins sûr.
Il y a quatre ans, j’ai rencontré sur un salon Christian Grenier. Un auteur qui n’a plus besoin d’être présenté. Plus d’une centaine d’œuvres en librairie, tant d’anthologies, de contes, d’essais, de pièces de théâtre…. A l’époque pourtant, bien que connaissant son nom, je n’avais pas eu l’occasion de plonger dans un de ses nombreux univers. J’étais encore toute jeune illustratrice, avec bien peu de publications à mon actif. Christian a pourtant réussi à m’insuffler du courage, par la valorisation de mon travail, chaque fois que cela lui était loisible. Je me souviens encore d’une de ses remarques, alors qu’il compulsait mon book : « On aimerait pouvoir écrire une histoire sur l’une de ces peintures. »
Cela ne devait pas rester lettre morte…
Septembre 2006 : Lorsque je lui propose cette aventure, Christian n’hésite pas une seconde, m’accordant immédiatement la confiance dont j’avais besoin, pour un projet d’une telle envergure.
Nous commençons donc à échanger de nombreux mails ; les pièces du puzzle se mettent en place. Christian a déjà une idée directrice assez construite ; une idée qui lui tenait à cœur depuis un moment déjà. Cependant, le jeu proposé par la collection dans laquelle doit être publiée l’ouvrage propose véritablement un échange d’univers et d’idées afin de créer un monde homogène, appartenant aux deux auteurs. La narration de Christian se tisse alors autour des images que je lui envoie au fur et à mesure, images allant parfois dans le sens de son récit, mais s’en détachant parfois aussi. C’est une gageure pour nous deux. Toi Lumière de ma Nuit émerge ainsi de nos inconscients mêlés.
Le début du travail est un peu chaotique : Christian doit parallèlement s’acquitter de la correction d’un roman de 600 pages et pour ma part, je suis contactée quelques mois après le tout début de nos échanges par un autre éditeur, Auzou, qui me propose d’être l’auteur d’un beau livre à pop up, sur les créatures fantastiques. Difficile de refuser un tel projet ! Avec son habituelle compréhension, Christian accepte de différer le livre de 6 mois. Cependant, ce laps de temps est très instructif. A travailler d’arrache pied sur ce nouveau projet, j’y apprend une certaine efficacité et une organisation qui me faisait défaut, et que je souhaite mettre à profit pour Toi Lumière de ma Nuit.
C’est en mars 2008 que le projet prend réellement une tournure sérieuse. Pendant quelques mois encore, Christian et moi échangeons à bâtons rompus. Les derniers chapitres arrivent vers juillet. Les deux ou trois derniers mois sont cependant les plus difficiles pour moi.
Après l’effervescence des débuts où tout est permis, même des croquis innommables techniquement pourvu qu’ils puissent ébaucher l’ambiance désirée, je me consacre à présent entièrement à la finition des peintures, l’achèvement des dessins, à l’élaboration des textures, à la calligraphie, … Des heures et des heures sans voir passer l’été, ni le début de l’automne.
Les derniers jours avant le rendu du livre à l’imprimeur sont les plus chaotiques. Je ne dors quasiment plus, enchaînant jours et nuits. L’heure avant l’envoi, je travaille encore au logo !
La dernière longueur a un goût de récompense déjà.
Je prends un avion pour l’Italie, où l’imprimeur m’a gentiment permis d’assister au calage en machine : comprenez par là, la supervision des couleurs à la sortie de l’imprimerie. Il y a quelque chose de magique à voir sortir ces piles de papier où vous reconnaissez ces dessins, vos dessins. Vous songez aux heures qu’ils vous ont demandées pour terminer sur le papier, sortis à grande vitesse, comme autant de petits croquis insignifiants…. Je songe à Güttemberg, une pensée reconnaissante.
Après une journée et demi de tirage et un travail impeccable, il nous reste une après-midi avant de prendre l’avion en sens inverse. Je me permets une escapade à Venise, tout près de l’imprimerie. Les gondoles, le Lido, … un air de mythe.
Les larmes qui montent à mes yeux en arrivant à l’embouchure du canal principal, je ne saurais dire si c’est à cause de ce divin paysage de ville flottante, ou bien du sentiment paradoxal né de l’évidence que l’aventure est finie. Un sentiment qui mêle soulagement et douloureuse vacuité. Car à présent, je n’ai plus rien à faire qu’à attendre le résultat de tout ça…
Toi Lumière de ma Nuit est en librairie depuis le 14 novembre. C’est un premier livre, mais pas le dernier. Je me suis peu accordée de temps avant de commencer mon prochain projet…
Une façon de ne pas trop appréhender la réception du public…
Une série de dédicaces est en prévision et certaines ont déjà eu lieu depuis le mois dernier. Peut-être ai-je déjà rencontré certains d’entre vous. J’espère vous croiser dans d’autres de ces événements, pour lesquels vous trouverez quelques dates en fin de lettre. Bien sûr, elles ne sont pas exhaustives : bon nombre de demandes sont encore à confirmer et vont s’ajouter progressivement à l’agenda du site, et à celui de www.toi-lumiere-de-ma-nuit.com – le site officiel du livre. Les abonnés à l’agenda recevront les indications régulières.
Comme c’est un premier livre, de lui dépendra la suite. Aussi, si vous aimez le livre, et si vous pensez qu’il le mérite, merci d’en parler autour de vous, de nous aider à le faire un peu connaître…
En attendant, tout ce que je peux espérer, c’est que vous y trouverez un peu de la magie que Christian et moi avons tant essayé d’y mettre…Et qu’à l’instar d’Onir, le personnage principal, vous ne verrez plus jamais « les rêves » de la même manière…