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Chacune des peintures a une histoire différente, car elle est un jalon dans le chemin expérimental qu’un peintre fait, durant toute sa vie.
Mais il y a toujours des étapes incontournables.
La première, c’est l’idée, l’étincelle. Cela part de rien, une vision pendant une fraction de seconde, une émotion qui prend la forme d’une image. C’est une étape grisante car bien souvent, on a l’impression que cela ne nous appartient pas vraiment, que c’est insufflé d’ailleurs.
Je saisis cette vision sous forme d’un croquis, généralement sommaire, et pas toujours correct, mais l’idée y est en quintessence. Ces croquis, je ne les montre pas : c’est ma cuisine initiale.
Ensuite, je rassemble la documentation nécessaire à construire l’image. Sur cette base et celle de mon croquis, je tente de poser un dessin, le plus juste et le plus approchant possible de ma vision initiale. C’est ce dessin, plus ou moins abouti, que je présente aux éditeurs, lorsque je travaille sur commande.
Ensuite, vient la partie la plus artisanale : il s’agit de reporter le dessin sur toile, de choisir les baguettes, de les assembler, de tendre la toile sur ce châssis, de préparer les fonds, éventuellement de broyer les pigments qui vont composer la palette de couleurs. Si le tableau est grand, je prépare un tube complet de la couleur dominante, en écrivant précisément les proportions du mélange sur mon petit carnet de bord. J’ai toujours un carnet qui m’accompagne, où je note toutes les indications possibles, du temps passé jusqu’à la composition de ma palette, en passant par des notes ponctuelles sur les réactions de la peinture en cours de travail.
Après un premier jus, destiné à poser les couleurs délavées, vient le premier travail en pâte. C’est un des moments que je préfère, car la peinture commence à vivre. Même si les éléments sont encore grossiers, on les voit venir à la réalité.
Le nombre de couches qu’on superpose dépend grandement du niveau de détails qu’on veut obtenir. C’est la partie la plus longue du travail ; elle peut se dérouler pendant plusieurs jours voire plusieurs semaines. Pendant cette phase, on a parfois le bonheur, quand l’inspiration et la concentration sont à leur comble, de passer « de l’autre côté de la toile », de voir les paysages qu’on crée, ou de ressentir l’état d’esprit des personnages. Ces moments de symbiose sont purement magiques, mais on ne maîtrise jamais leur venue...
On termine par un autre moment privilégié : lorsque les couches de peinture en pâte sont bien sèches, on pose les glacis. Les glacis sont comme des vitraux très fins : ils donnent des transparences, en ombre comme en lumière, et des nuances extrêmement subtiles. Ce sont les glacis qui donnent transparence et vie à l’ensemble. C’est comme de secouer une composition florale un peu rigide, pour lui donner plus de naturel, ou donner vie à Galatée, qu’on n’avait fait que sculpter, jusque là...
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